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seum

Cette impression de cauchemar infini, la terreur nocturne qui te cloue paralysée à observer muette d’effroi la silhouette au coin du lit, à voir les choses se répéter et en pire, et ne sentir qu’une angoisse sourde. La tentation de la fuite est énorme, gigantesque, me casser me barrer loin, trouver unE complice en en finir avec cette vie de merde coincée dans un appart où je n’entends que les sirènes de l’hôpital à côté et les klaxons qui ont redoublé de vigueur en période de couvre-feu.

Je disais l’autre jour à une amie que c’était surprenant que tout le monde en vient à souhaiter un confinement comme en mars, que le silence se fasse à nouveau, comme on rit en se disant qu’on en est à comparer les confinements, un an à peine et nous voilà complètement dans cette habitude déjà. J’ai la tête farcie et le seum tellement grand, les insomnies remplies de ces vieux qui veulent sortir de leur chambre et toquent à la porte, comme on leur interdit toute visite, jusqu’à ce qu’iels crèvent d’abandon. Le fric qu’on fout dans les morgues à ciel ouvert pour que jamais jamais la machine à fric ne s’arrête. Je me demande bien qui peut encore, aujourd’hui, à jouer au concours de l’oppression en gardant son sérieux.

Un seul élément de toute cette merde devrait suffire à donner envie de tout brûler. La combativité ne se trouve plus que chez des gens qu’on va traiter de petits bourgeois en mal de sport dans les manifs, fustiger la colère et les barricades comme si celles-ci n’étaient que cosmétiques et relevant de la posture, au moment même où la révolte prend dans les CRA.

Je me disais que la révolte finalement n’est une chose envisageable que si elle émane de Gilets Jaunes, de banlieues ou de CRA, la révolte est vue comme quelque chose d’animal, et le regard de beaucoup sur celles-ci est mâtinée de racisme et de mépris de classe. UnE bonNE révoltéE n’a rien à dire, ne peut être être pensant puisqu’agissant, dans cette conception bizarre et très répandue d’une séparation obligatoire de l’action et de la pensée, et c’est bien comme ça qu’on en vient à se foutre de nazis déguisés sans comprendre la gravité des choses, c’est comme ça qu’on perpétue la merde en se pensant au dessus de la mêlée. Pour mépriser une révolte il n’y a rien de plus simple : exclure les révoltéEs des classes opprimées ou de son propre sérail dans un magique tour de passe passe, la révolte c’est pour tous les autres, ceux qu’on regarde de haut, mais nous en manif on PENSE. On va te causer d’inclusion dans cette même logique de se penser au centre, sans même voir ce que ça dit d’ignoble en creux. On va parler indéfiniment du refus ou de l’opposition impossible pour toutes les raisons du monde quand on est opprimés on se doit d’avoir peur et d’être figé. On doit flipper de perdre son taf comme si c’était la prunelle de nos yeux, on doit se taire ou geindre, on doit phagocyter les contraintes et en faire des définitions de ce que nous sommes. La petite bourgeoisie est dans ce regard surplombant et ne pensant l’opprimé que comme soumis.

On peut être un sale con raciste qui écrase son voisin pour réussir quand on est opprimé et on trouvera toutes les raisons essentialisantes à la merde, et la révolte près de nous est forcément petite bourgeoise dans cette conception pétée : la révolte est ailleurs, loin, dans le passé ou dans le fantasme, incarnée par des personnes qu’on citera dans des almanach vendus au profit de syndicats qui réclament le travail, le droit inaliénable à se faire exploiter, jusqu’à ce qu’on en crève.