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mascarade

Admettre qu’il existe des gens comme ça, des gens tellement perdus derrière leur façade qu’ils ne sont pas tellement capables d’empathie, jusqu’à mentir, se mentir, se persuader, changer de la face avenante au mépris le plus visible dès lors que tu n’es plus instrumentalisable.

Je l’avais dit une fois à un copain qui pensait que les chiffres et les stats sur un problème quelconque devraient suffire à faire réagir : hélas non, déjà les chiffres et les stats ne disent rien d’humain, des réalités derrière mais en plus c’est croire que l’homme est par nature bon et ne peut que réagir « bien » face à ces chiffres ainsi alignés, et même si l’idée parait séduisante, elle reste une déshumanisation aussi à nier le mauvais dans l’homme qui ne pourrait agir que « bien » si il possède les « bonnes » informations. Il y a une société à faire perdurer, une société hiérarchisée qui ne peut fonctionner aussi qu’avec la déshumanisation plus ou moins grande selon une série de catégories. Ce n’est pas à la personne qu’il faut s’attaquer ou expliquer mais à tout ce qui fait aussi ses actions dans le sens de cette société, les choix qu’il a opéré, les mensonges qu’il s’est construit ou a écouté pour cela. Le rôle que les individus prennent, de gré ou de force, par intérêt ou parce qu’on les aura assignés dans cette société ont des partitions à jouer.

Hier je regardais le vrai visage démasqué d’un ex camarade, ainsi c’est donc toi enfin que je vois, enfin plutôt la face que tu te composes face aux gens de ton rang. C’est moche, c’est veule, c’est mesquin, et c’est surtout très bourgeois : ne surtout pas toucher soi même la plèbe mais envoyer sa garde rapprochée, il faut partir, me dit-on après m’avoir demandé mon prénom. C’est que la bourgeoisie reste bien élevée même pour te cracher dessus, c’est drôlement intéressant.

Je suis de nature naïve, mais une fois que j’ai compris le rappel que si personne n’est totalement bon ni totalement mauvais, cette recherche de nuance rend parfois aveugle aux enjeux de pouvoir bien concrets et les gens en position d’écraser l’autre plus bas n’hésiteront pas à le faire, tout à leurs histoires construites autour de leur situation ombilicale. Le chiffre est finalement ce qui sauve ce genre de personne : la goutte d’eau écrasée dans l’océan de ma politique globale ne compte pas, l’individu n’existe pas, seule la masse est et permet d’écrabouiller quiconque remet en question cette petite place confortable, au nom du bien commun supérieur. Ma cause est juste, tu n’es rien, tu n’es que l’expression de ce que je méprise, le grain de sable minimal. Le rappel est violent, mais nécessaire. Le rappel de ce que je suis, d’où je parle, dans quel sens, le rappel que tu ne seras écoutable que si tu es utilisable, qu’on tire le maximum de toi, de tes idées, qu’on détournera à des fins politiciennes, c’est finalement la voix de la société des hiérarchies qui s’exprime ici.

J’ai regretté ma réaction de prol, épidermique et impossible à retenir après m’être fait cracher dessus bien poliment, tendre mes majeurs et lui dire à quel point c’est un connard avant de me casser rageusement. Je sais qu’il va construire sa petite histoire comme les intellos et les politiciens le font : l’expression animale des gens qui ne savent pas réfléchir à leur condition, pas aussi bien que nous qui avons le recul et le savoir, l’entourage et les moyens. J’ai regretté, mais pas longtemps. C’est moi, cette meuf qui tend ses majeurs à la bourgeoisie sûre de son bon droit à écraser la plèbe après l’avoir bien essorée pour ses propres intérêts, je n’ai pas tellement à avoir de honte puisque la politesse bourgeoise pour te dire de te taire et de dégager est une insulte plus grande que toutes les insanités de zinc. Je n’ai pas honte d’avoir laissé exploser ma colère, je regrette même de ne pas lui avoir donné plus d’ampleur, quand je sais la position et les ambitions de ce genre de personne. Et quand je sais surtout avec qui il recommence ce cirque indéfiniment, le masque du gentil petit garçon qui se tortille en s’inventant des ennemiEs pour s’attirer la compassion et la protection de pauvres meufs comme moi, naïves et convaincues par les idées qu’elles portent au point de croire sur parole que le bourgeois vivant en bourgeois dans les valeurs bourgeoises peut malgré tout être un allié.

Je suis stupéfaite, non pas d’avoir vu ça mais d’avoir été assez aveugle pour ne pas percevoir ce jeu avant, et d’avoir cru aussi que c’était réparable, j’avais oublié ces petites histoires que ce genre de personne se construisent dans leur paranoïa : il n’existe pas de sincérité pour elleux, il n’existe que des manipulations et des stratégies. La bourgeoisie est la classe qui porte le plus de couches noyant les individus dessous, sous une solide croûte de névroses, le patriarcat, la réussite, les séparations toujours multipliées, l’arrogance et le cynisme, pour perpétuer ce qui fait son confort et son maintien : la société telle qu’elle existe, telle que je la hais, celle que je veux voir détruite afin que ces couches disparaissent et que les masques tombent. Je me suis faite avoir, une fois encore, par cette chose que je ne souhaite pourtant pas voir disparaitre chez moi : prendre les gens au sérieux quand ils exposent une idée et partir du principe qu’ils agiront en cohérence. Si je perds ceci en moi, je sombre dans le nihilisme. Je n’aurai jamais perçu qui est le véritable individu sous les couches, et sous les masques différents qu’il porte selon à qui il parle. Je ne l’envie certainement pas, si il a le confort pour lui, toutes les normes qui l’ont permis et le permettent encore ne sont que pour prétendre qu’on existe à travers elles, elles ne sont que la négation de sa propre humanité complexe et paradoxale, celle capable de discuter d’une chose qui a séparés des gens qui se considéraient comme des amis, celle que je pensais voir en ne regardant pourtant qu’une coquille vide, parce qu’intéressée.

On n’a pas qu’une seule vie mais une multitude me glissait de loin une camarade qui fantasmait ma sociabilité une fois sortie d’un lien vicié, on a un paquet de vies oui, elle avait raison même en se plantant bien sur mon compte à ce moment là. Bien entendu que c’est vrai. Quand on a le nez sur un énorme problème on a tendance à être aveugle à celui-ci ou bien le considérer comme trop énorme pour en venir à bout ou échapper à une situation de merde, et qu’on se met à agir soi même comme ces ordures  à jeter comme des merdes des camarades ou compagnonNEs en se cachant derrière la politique, pour conserver un lien de toutes façons moisi et voué à tourner à vide autour de névroses obsessionnelles intimes. Ça n’est pas vrai que ce genre de chose est inexorable et impossible à fuir, et si il y a bien une chose que la proximité de ce mec m’a rappelée c’est que le pouvoir de ce genre de personne n’existe que si on décide qu’il en a et que si on se perd dans la complexité de la nuance, chose que ce genre de personne ne fera jamais, et surtout en oubliant qui on a, soi, à ses côtés. Du jour où j’ai pris de gré et de force la distance, j’ai redécouvert dans ma vie tous les gens perdus dans les angles morts de ces jeux d’emprises. Des copainEs qui pourtant ont toujours été là mais assourdiEs par une sorte de coton dense.

Zéro regret, bien au contraire. Retrouver ses copainEs, ses goûts, ses propres convictions, ses intérêts, son autonomie n’a pas de prix. Et si j’ai pu tomber dans ce genre de piège parce que je porte une fragilité comme d’habitude bien exploitée par les autoritaires de tout poil, j’en ressors un peu plus forte à mieux la connaitre et la retourner en qualité. Et j’en ressors avec cette tranquillité d’esprit, savoir ce que je fais comment et dans quel but, et que dresser ses majeurs en criant ses 4 vérités à un connard fait totalement partie de ce que je suis et qu’avoir honte de ça n’est que l’obéissance à ce que le pouvoir voudrait.

Je suis ce que je suis : une parasite aux yeux de gens comme lui, de gens de pouvoir, et c’est parfait ainsi.