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l’anarchie

l’anarchie est pour moi plus un outil qu’un but : il s’agit non pas de voir tout le monde devenir anarchiste mais (re)devenir soi, et pour cela il faut interroger toutes les tensions subies, de la plus petite à la plus grande, de la plus intime à la plus lointaine. Quand on a compris qui on est soi, en dehors des attributions de rôles et d’attentes extérieures et de pulsions liées à nos vécus, il n’est plus possible d’exercer de pression, la liberté acquise, assimilée, est une chose si personnelle qu’on ne peut même plus penser autrement que dans le rejet de ce qui voudrait l’anéantir. L’anarchie est aussi et malgré tout un but puisqu’étant soi même en comprenant toutes les tensions qui empêchent d’être soi, on comprend aussi la complexité des pouvoirs et des hiérarchies, leur intrication subtile et plus aucun pouvoir ne peut s’exercer : c’est donc l’anarchie. elle n’est ni figée ni dogmatique c’est l’inverse, tout en mouvement et changement, au gré des personnes et de leurs tensions propres, elle ne peut pas être résumée et établie en règles distinctes, tout bouge et tout s’imbrique. Quand on est soi, on ne supporte pas qu’un autre ne puisse pas être ce qu’iel est, et on ne supporte plus aucun enfermement et l’anarchie est le but et le moyen pour que touTEs accèdent à cette liberté. Et se connaissant mieux soi même, le mot même d’anarchie devient absurde et limitant. J’ai eu besoin du mot précisément au moment où je sentais des tensions s’exercer sur moi et que je n’arrivais pas à les cerner, jusqu’au dénouement.

Loin d’une question uniquement philosophique, cette réflexion a besoin d’être posée. Quand une camarade constatait qu’elle était communiste et moi anarchiste comme une différence indépassable, j’aurais pu la dérouler : c’est tout le nœud, je ne veux pas que tu sois autre chose que ce que tu es réellement et c’est en ça que je suis anarchiste, je ne souhaite pas que tu sois anarchiste mais toi-même. On est pas résumables à une définition, on est plus complexe, riche, personnel, de plus grand qu’une définition. L’anarchie pour moi n’est donc pas politique, ne peut pas être définie de gauche ou d’une autre façon délimitée, il appartient à chacunE de savoir, et de savoir réellement, qui iel est. L’ironie est d’avoir retrouvé ce noyau là dans mon errance au contact de cette camarade, qui regrette aujourd’hui que je sois différente d’elle : elle a contribué à ce que je sois à nouveau moi même, et il n’y a pas de retour possible à autre chose. Je ne suis pas à son image puisqu’elle m’a donné, le temps de notre amitié, la liberté suffisante pour interroger ce que j’étais au fond en se montrant dans un tel décalage entre ce qu’elle est et ce qu’elle veut montrer d’elle elle m’a indiqué sans le vouloir ce qui déconnait dans ma vie, en miroir. Et elle m’a rappelé les outils que j’avais oublié dans ma dépression, ces outils qu’elle semble négliger beaucoup tout à son affaire politique. Je me suis évadée de ce collectif en ayant trouvé la clé, et la clé faisait que le collectif n’avait plus de sens pour moi, et c’est ce qui lui a fait peur : ma liberté retrouvée. Quand de mon côté cette liberté me donnait aussi l’indépendance, l’autonomie, la richesse de ma vie sociale et intime, rester dans un collectif quelconque n’était plus pensable, ni même en idée. On  ne peut pas s’astreindre à être autre chose quand on est arrivés à se retrouver soi même, et ça n’est pas explicable à qui essaie de faire entrer de force dans une idéologie qu’on ne le peut tout simplement pas. Enfermer, contraindre par mille moyens, séduire, rien n’y fait : cette liberté est celle de la confiance en soi et de la connaissance de ses propres outils en ce bas monde. Et je connais des gens à ne pas se dire anars, qui travaillent ou vivent en couple hétéro ou n’importe quoi qui pourrait paraitre normatif être bien plus libres que des gens à chercher dans le politique la clé de tout le merdier. Travailler n’est pas se soumettre forcément, ou ne pas comprendre les compromis qu’on peut faire. Dans les discussions de banc pendant les confinement et couvre feu, il ne fallait pas 3mn aux gars pour constater ce qui tient et comment. le constat des pouvoirs en jeu est fait depuis des lustres, aussi il est bien amusant (et consternant) de voir des gens pérorer sur les masses aveugles ou trop idiotes. Je conseillerais bien à ces vaillantes lumières d’aller se prendre une leçon chez qui se prend toute cette merde de plein fouet plutôt que chercher à penser à sa place.

Je pensais être utile au monde à écrire, décrire ce que je connais très bien : ce que produit l’autorité, pour l’avoir vécue très tôt dans ma vie. Mais comme en militantisme, ça ne sert pas à grand chose, et ça revient aux prévisions de Cassandre : on écoute, on se dit que c’est délirant et paranoïaque, et on voit les choses se produire et on s’exclame que ces perchés bizarres étaient finalement visionnaires. Ça leur fait une belle jambe, et je n’avais pas envie d’être ça, à comprendre ce qui se produit et le regarder se produire dans le désespoir. Alors plutôt qu’expliquer ce que je connais de ce côté, je préfère être ce qui m’a permis de me défaire de l’autorité pour être moi, que ce soit dans la famille, dans mon activité, dans mes amitiés, dans mon quotidien. et je constate, alors que je fais ce choix délibéré que je m’en sens bien mieux puisque c’est moi et parce que ce sont des choses positives et qui peuvent aussi faire une différence politique. Simplement je ne vais pas m’attarder sur l’aspect politique de la chose : c’est le risque de retomber dans la pédagogie et dans un cycle infernal qui fait partie aussi du fonctionnement que je souhaite voir anéanti.

Que des gens ne veuillent pas comprendre qu’on est pas libres et qu’on ne vise pas la liberté quand on enjoint à politiser le débat à grands cris n’est plus mon problème. Attendre que d’autres se libèrent d’emprises diverses pour vivre n’a aucun sens, la vie est courte pour le redire, le reredire, et l’asséner encore. Dans ce constat, et le retour à l’essentiel, je me suis aperçue que les gens que j’aime ont un intérêt tout particulier pour l’enfance et la volonté de faire en sorte d’outiller des gaminEs pour qu’iels puissent être des adultes autonomes et libres, et ça passe beaucoup par la créativité. Iels ne sont pas pédagogues, mais attentifs à ce que sont les gosses et iels les considèrent comme des personnes à part entière. Ces amiEs ne se disent pas anarchistes, iels ne se définissent d’ailleurs pas du tout,  iels s’en tapent et tracent leur route. Et iels se montrent, surtout, des humainEs sensibles et soucieux-ses de leur propre indépendance tout autant que de celle des gens qu’iels croisent et ne cherchent pas à aiguiller l’autre. C’est quand même assez dingue que le politique ait tant envahi l’espace qu’on en vienne à croire que la solution à beaucoup de choses est politique. Mais quand on comprend ce qu’est l’autorité, on comprend ce qu’est la liberté et ce qui la permet, et avec cette connaissance-là le politique devient superflu face à une situation où l’autorité veut s’exercer, le refus n’est pas théorique mais instinctif, le refus n’est pas une chose qui s’explique mais s’observe. Voir des gens refuser aide à refuser. Parce que dans les constats que le politique ne cesse de dérouler il y a cette chose, incongrue, qui serait que les gens sont ignares des tensions en jeu et c’est moins souvent le cas qu’on le fantasme : le constat de l’autorité ne veut pas dire qu’on va y réagir et qu’on va réussir à dépasser sa peur parfaitement légitime, mais voir d’autres refuser dit simplement que c’est possible, et que nous ne sommes pas si isoléEs dans ce monde là dans ce qu’on peut constater d’horreurs.