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la vie

la discussion politique c’est comme la discussion de boulot : ça me donne envie de ronquer. Hier j’expliquais à des copainEs pas vus depuis mon départ du »collectif » auquel j’appartenais et par lequel je les avais connuEs que je ne voulais tout simplement plus m’occuper de politique. Je leur ai dit que le constat que tous ces milieux finissent par agir comme ce qu’ils semblent pourtant haïr le plus, le constat qu’il ne s’agit que de petites sectes, petites chapelles, petits cercles très fermés instrumentalisant le politique pour se montrer parfaitement abject avec des gens qu’on disait considérer comme des amiEs la veille, le constat des manipulations, immaturités, violences psys, tout ça fait que j’ai fini par tirer mes petites conclusions. J’ai expliqué comment on plonge dans le politique parfois pour échapper à la dépression ou pensant en venir à bout quand on est un peu conscientEs, comme pour moi ça n’était certainement pas la solution, ni à ma santé mentale ni à ce que je souhaitais combattre ou au moins freiner. Ma colère en particulier sur les agissements de collégienNEs semblait se cogner à l’incompréhension d’un copain. Celui ci m’a dit que si on coupait des ponts comme ça, c’était peut être pour préserver sa santé mentale, ce qui m’a paru pour le moins incongru, voire antinomique : la santé mentale se préserve avec les amitiés et leur réconfort, la sociabilité joyeuse et sans équivoque, pas en les tranchant net des liens pour des raisons ridicules. La santé mentale se préserve quand on sait ce qui fait aller mal et ce qui permet d’aller mieux, pas faire n’importe quoi au nom d’idéologies, jusqu’à agir à l’encontre de ses propres idées.

Et quid de l’autonomie des personnes quand on se fait gicler de telle ou telle amitié parce qu’on connait X ou Y comme ça arrive absurdement ici, quand je me suis retrouvée à la fois bannie de tel lien à cause d’un autre et de tel autre réciproquement plus tard, isolée finalement de personnes que je pensais être des copainEs ou amiEs ? quid de la santé mentale des gens qu’on traite ainsi, lâchés d’un coup par des gens dont on était proche et dont certainEs finissent à l’HP  parce que tout ça est insupportable de dissonances ? quid de la dépression quand la lutte qu’on pensait utile à soi et au  monde en vient à nier qu’on agit très exactement comme ce qu’on déteste le plus ? Quid des grands principes et des grandes phrases politiques quand on est même pas foutuE de traiter son entourage avec attention, affection et compréhension ?

Comment prétendre lutter pour une vie meilleure quand on refuse même de parler à des gens plus ou moins de « son » côté pour d’obscures raisons de capillarité des idées par copinage quand on exhorte de l’autre à l’empathie et la compréhension pour des dominants, flics, matons, politiciens, fascistes, bourgeois, patrons ? Prendre ces simples constats, les poser, et demander : crois tu vraiment lutter contre le fascisme ou pour une société plus humaine quand tu agis de la sorte avec des gens que tu prétendais aimer, dans l’abandon subit, la surveillance et en se faufilant pour intervenir sur la sociabilité des gens que tu ne veux plus voir à grands renforts de mensonge, vision tronquée, fantasmes politiques, et vision autoritairement globalisante de la politique, à faire planer sur les têtes la menace de l’isolement si tu te piques de dépasser cet interdit tacite ?

j’ai tiré ma conclusion, je disais à ce pote. Ne me parlez plus de politique. Ne me parle pas de ce qui empêche, entrave, sclérose, fait tomber, blesse et tue. Parlons d’autre chose : de l’amitié, de l’amour, de l’art, de bouffe, de ce que vous voulez qui fait la vie. Comme il me disait comme quand on parle de son travail ce qui se produit politiquement : non, parle moi de toi, comment tu vas toi, comment tu te sens, qu’est-ce qui te fait rire et qu’est-ce qui te donne envie de te lever le matin, qu’est-ce qui dans ta vie est menacé par ce que tu crains et qui te fais te jeter dans le politique comme ça, qu’est-ce que tu aimes que tu flippes ainsi de ne plus l’avoir. Ça n’est pas la politique, pas plus que le travail. C’est toi, tes amiEs, tes liens, ta vie en dehors de tout ce qui voudrait la contraindre. Pour ce qui est du reste, y’a faire plutôt que causer.