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la visibilité

l’invisibilité des réfugiéEs le temps dit « normal » rend la violence à République hier soir insoutenable pour la plupart. C’est aussi « normal ». Ce qui l’est en revanche moins c’est que, en creux, leur invisibilité ne pose pas question en dehors de ces temps médiatiques. Iels sont là, depuis des années, traquéEs, harceléEs, pousséEs au suicide, aux campements de misère, expluséEs sans cesse d’un coin à un autre, loin des yeux justement. Quid de leurs luttes, quid de leurs vies, ignorées autant que les violences qu’iels subissent sont aussi visibles que tout le monde se met à hurler, jusqu’au sommet de l’état, comme si les flics n’étaient pas l’état, comme si ce fait tout à coup était justement un sort, un mauvais tour, quand tout est fait pour que ce genre de choses advienne. Il n’y a rien ni d’exceptionnel ni d’inhabituel si ce n’est cette visibilité, en place centrale, sous les yeux de touTEs. Et tout devient subitement insoutenable.

Le malaise à constater que cette violence ne chagrine que quand elle est visible, et visibilisée, le malaise à se dire qu’on se porte bien mieux quand on ne voit pas. Loin des yeux, loin du cœur. On pourrait se demander si cette violence n’est pas insoutenable non pas pour elle-même mais pour ce qu’elle dit du silence habituel et l’acceptation de cet état de fait, qu’on préfère en somme que ce problème là ne soit pas trop visible, tout en revendiquant la nécessité de la visibilité de ces problèmes pour nous éviter de penser plus loin et spéculer sur le malheur et l’entretenir dans le même mouvement. On a pas vu les journalistes qui vont bien vite à s’indigner du traitement qu’on leur réserve, se plaçant en dehors du reste, parler des luttes des réfugiéEs. Celleux à se prétendre militantEs ne font qu’appuyer sur une spécificité supplémentaire pour eux aussi se placer en dehors. Comme les militantEs à avoir confondu leur boulot et la lutte, avec tout ce que ça implique de perversion dans ce monde là, ils finissent par croire que leur boulot EST leur lutte  et de ce fait attendent un traitement de faveur, et de tout le monde : état comme le commun des mortels. D’exceptionnel, iels n’ont que leur melon phénoménal et se révèlent quand on regarde l’ensemble de bons rouages d’une politique qu’iels ne remettent pas en question à la base, puisque ça impliquerait de se remettre en question, eux et leur rôle, dans ce bordel.

Les lois amènent cette répression, ces lois sont cette répression. L’idée qu’on doive montrer cette violence pour en faire prendre conscience participent aussi de cette répression, comme tout le reste participe du tableau : des gens à qui on refuse des papiers, sans ressource, sans logement, sans rien. Comme si ces problèmes naissaient de rien, de nulle part  on va crier notre indignation quand le reste du temps on va te parler, à toi, de comment tu peux t’en sortir quand tu essaies de soulever un problème politique. L’individualisation libérale participe aussi de l’insoutenable : comment, mon problème personnel réglé, la misère du monde existe encore ?

quand on te dit : mais toi, regarde tu peux faire ci et ça pour des papiers, un logement ou du taf, on te dit de ne t’occuper que de ton ptit cul. Et de la même façon, quand tu parleras d’un problème qui ne te concerne pas en premier lieu on se demandera pourquoi. Pour quelle raison saugrenue tout ça t’intéresse, ça ne te concerne pas ? Bien sûr que ça me concerne, évidemment, et je ne vais pas jouer à celle qui s’occupe des problèmes d’autres par altruisme seulement, mais parce que, aussi, je participe à ce monde. Et si il ne fallait s’occuper que de ce qui me concerne en premier lieu, ben je m’occuperais plus de rien. Je suis pas sortie de trucs persos pour gagner une sérénité individuelle, un petit paradis sur ma petit île.

Parce que tout participe du même fonctionnement, et on ne peut pas espérer se foutre d’un problème et voir une autre chose changer ou prétendre qu’on œuvre dans le bon sens, puisque tout est imbriqué. La question des réfugiéEs tabasséEs visiblement est la même qui amène les TDS à la banque alimentaire, la même que l’exploitation, la même que le racisme, la même que le logement, etc. On ne peut pas séparer. C’est de tout ça dont il est question quand on veut cramer les frontières, détruire l’exploitation et vouloir la liberté.

tout va bien, comme d’habitude

depuis que je m’intéresse à la chose politique (c’est vieux comme mes robes) j’ai toujours entendu à intervalles réguliers à chaque loi sécurité-machin-truc, et de part et d’autres « on entre officiellement dans un état policier ». J’ai sans doute du le dire, à des moments, il faut bien que jeunesse se passe. L’ennui de tels cris c’est  qu’à force, on sait plus trop, et y compris chez des gens pourtant pointus politiquement, à quel moment s’inquiéter, et que ce soit dans un sens ou dans l’autre itou. Et , blasée, que je suis, je soupire désormais à chaque fois tout en trouvant chaque nouvelle loi sécuritaire à hurler, en me disant que les orfraies finiront par tarir leur fureur, quand on pourra à nouveau picoler dans les rades et capitaliser sur les luttes peinards. C’est cyclique.

Y’a 10 ans à la louche, je suivais de près ce qu’il se passait en grèce, à l’époque beaucoup de gens que je suivais ou de mon entourage exultaient aux molotov jetés inlassablement sur la place Syntagma, à Athènes chaque soir, le ballet était beau. Depuis tout s’est effiloché dans cet entourage, beaucoup ont rejoint des vies plus rangés, que ce soit en idées et dans leurs vies,  comme beaucoup les crieurs à la dictature à chaque nouvelle loi sécurité, oubliant les précédentes, oubliant qui ça touche, oubliant qu’on s’adapte très vite finalement, et s’éloignant petit à petit de la colère qui les tenait pourtant. L’engourdissement est une chose perverse, l’éloignement de la révolte qu’on a pu ressentir quand on s’installe dans une vie finit par s’émousser jusqu’à disparaitre, que ce soit par fatigue, par « réalisme », par dépit, ou parce qu’on a désormais trop à perdre. Le quartier anar est devenu un lieu de tourisme où on va goûter un peu de frisson, le club med militant. On a oublié les pluies de molotov et ce qu’ils étaient dans cet incommensurable merdier. J’ai toujours en tête la grèce de ce moment là, et ce que c’est devenu dans les mémoires, parce que mon cerveau si bien tourné me disait que c’était ça qui nous attendait, mais je n’ai pas oublié les luttes, je n’ai pas oublié les pluies de molotov.

A chaque fois, je me pose la même question, parce que je n’apprends jamais plus que la plupart : quand est-ce qu’on se rendra compte quand tout ne fait que bégayer ? pourquoi hurler à l’état policier, quand l’état est par définition policier, on a jamais vu d’état sans flics, peu importe ce qu’on entend par là. Pourquoi ne pas trouver, là, maintenant, suffisamment de raisons pour hurler sans attendre une dictature, y’a de quoi même s’énerver chaque jour, chaque heure, chaque minute, c’est pas ce qui manque et je vais pas lister. Crier au loup continuellement habitue au loup, docilement on finit par trouver ce monde finalement pas si mal, tant que ces lois ne nous emprisonne pas, nous, et on repart tranquillement comme avant, et tiens, paf des élections, vous reprendrez bien une part de chantage à l’extrême droite avec ces lois qu’on vient de passer ? on nous a déjà fait le coup, tellement de fois. Nous chier dans la bouche en nous disant que cette merde est meilleure que celle du camp à côté. Hurler à la dictature à chaque loi sécuritaire (quelle loi ne l’est pas, ça pourrait aussi se discuter heh) est d’une indécence vaguement écoeurante quand on voit qui hurle et pour quelle raison, le droit de continuer à filmer les flics en train de massacrer des gens. Dans ce monde, et ça en dit assez long, mine de rien, sur ce qu’on entend par là.

Et tout ce temps qui passe, et la merde qui finalement ne fait que s’amonceler en énormes piles et depuis le nuit des temps comme on dit dans les mauvaises disserts, et les hurleurs de hurler, et toujours les mêmes de subir la répression, celleux que l’on voit très bien croupir en taule, finalement, ah ouf ça change pas grand chose pour nous ces drones tu vois, on peut continuer à vendre du papier sur les dangers des drones, tout va bien. On va continuer à hurler, pour la forme et le cachet militant, et c’est reparti pour un tour de piste, et on s’accommode fort bien de ce fond de commerce, la saloperie.

En attendant le loup s’installe pépère, parce qu’à craindre aussi le fascisme d’en bas on en oublie celui d’en haut, et que celui d’en haut ne peut s’installer tranquillement que si en bas on s’adapte bien, par petites doses ou grands à-coups et que finalement on voit bien qu’on peut continuer à exister plus ou moins. Hurler à la dictature dès que l’état pond une nouvelle loi à la con est aussi bête que croire que l’état ne peut pas aussi virer facilement fasciste parce qu’on aura trop relativisé ce qu’il est et ce qu’il fait et en déshumanisant à tour de bras, et parce qu’on aura cherché à relativiser et calmer des colères parfaitement légitimes comme on gronde des enfants que l’on juge capricieux. Si tous les états ne sont pas fascistes, il n’en reste pas moins que les états ont pas mal d’atouts en main pour le devenir, quand on se demande « quoi faire contre l’état du monde ? » mais qu’une simple balade entre amiEs se révèle impossible à cause de la trouille des flics. L’état est d’abord dans ta tête, c’est là qu’il commence à exister, qu’il soit fasciste ou non réellement, ça n’est qu’une question d’habituation.

Et quand tu viens à lire avec effroi que si on interdit de filmer les coups de keufs, ceux ci redoubleront alors vaut mieux demander à pouvoir filmer, négocier moins de coups en somme. Et quand tu viens à lire que « on va quand même pas demander à ce que les flics nous frappent pas ? ». Ok je veux bien comprendre que tout le monde est pas radical et partage pas forcément mes points de vue, mais y’a quand même de quoi être sacrément choqués de voir dit ainsi que vaut mieux demander moins de coups (et moins de coups pour qui en fait ? les gens à le dire tranquillement ne sont pas les premières cibles, les gens à dire les choses ainsi sont encore vivant pour exprimer cette idée déconcertante).

il y a une chose qui revient éternellement dans les discours des gens à vouloir à tout prix filmer les coups des flics : il faut « faire prendre conscience« , avec ce que ça suppose aussi de voyeurisme. ce truc vieux comme le monde de la prise de conscience, ça dit plusieurs trucs en creux, également dégueulasses : que pour certaines personnes il est nécessaire de montrer ce que signifie « coups, blessures, viol, mort », parce que ces mots ne suffiraient pas pour se révolter contre ces réalités. De ce point de vue no voit très bien quelles victimes on va filmer et pour quelles victimes on trouvera ça indécent. La déshumanisation qu’on admet pour certaines victimes fait totalement partie du problème. On dit que c’est un « premier pas », ça donne plutôt l’impression d’un moonwalk depuis des lustres, si on a besoin d’images c’est que le problème est plus profond et se situe y compris dans cette revendication malsaine de filmer d’autres se faire massacrer (et là je distingue ce ressassement de la documentation historique). Sans compter, aussi, ce truc sous-jacent dans cette profusion d’images, ce qu’on souhaite n’est pas une réflexion mais le choc, tradition militante proche du tabloïd, et c’est une manipulation. On obtient pas une prise de conscience par la manipulation, c’est même plutôt l’inverse : on obtient une réaction, épidermique, pas que ça soit mal en soi, mais le but doit être questionné d’autant quand cette profusion d’images de la répression en ce sens ne crée que la conscience de la répression et nourrit la peur. La peur qui sclérose et enfonce dans un sentiment d’impuissance et dans la sidération, et désarme encore et toujours

 

le militantisme est une politique de la peur

alors que je râlais, encore une fois, sur l’absence de logique généralisée en temps de COVID encore plus que d’habitude parce qu’un pote ne veut pas sortir de chez lui et prétexte tout ce merdier pour me dire qu’on se reverra à la saint glinglin, on me demanda si ce pote avant des raisons de craindre le racisme des flics pour ne pas sortir.

La question m’a agacée  : en plus d’être à côté de la plaque pour ce qui me préoccupait, je l’ai trouvé vaguement insultante vis à vis de ma connaissance de ce monde. Et mon agacement est la raison principale de mon propre repli jusqu’à ce que le monde retrouve son petit train-train, me laissant à mes lubies bizarres  : plus que jamais j’ai l’impression qu’on me prend pour une débile ou une enfant à qui il faut expliquer des bases simples en usant de multiples pincettes pour qu’elle reste raisonnable et ne se mette pas à crier trop fort. est-ce que ce copain « avait des raisons de craindre le racisme des flics ?  » est une tournure de phrase pour le moins compliquée pour demander si ton pote est Noir ou Arabe, et j’en restait coite : je ne sais pas à quel moment j’ai pu donner l’impression d’ignorer le racisme des flics, ou les craintes justifiées. et j’ai réfléchi, réfléchi une bonne partie de la nuit. Mon discours ne s’attarde plus sur les multiples et complexes intrications des diverses oppressions, je n’ai pas le temps pour ça et je n’ai plus envie de me perdre en tergiversations. Et des gens que je suis amenée à croiser encore dehors, heh, beaucoup sont Noirs et Arabes, inutile d’expliquer les intrications aussi de la précarité, du racisme, et l’accès au logement vivable attribué en fonction de ces critères, c’est de l’ordre de l’évidence.  D’ailleurs, en traversant Paris à pied du sud au nord pendant ce confinement, la différence de peuplement est tout à fait visible selon le niveau de vie des quartiers parcourus.

et puis, je me suis dit en regardant dans mon entourage qui sort, qui ne sort pas, et qui reste logique que y’a quand même une chose qui transparait dans tout ça, et depuis longtemps, et que j’avais constaté en moi concernant le féminisme : que les gens à devenir illogiques, contradictoires et démesurément craintifs de trucs qui ne les concernent même pas en premier lieu sont des gens qui s’informent à outrance ou bien se disent militantEs, d’une façon ou d’une autre. Comme au bout d’un moment les discours féministes tournant en boucle autour du témoignage et de l’étalage de constats déprimants je m’étais rendue compte que ça avait fini par nourrir des peurs que je n’avais pas. comme j’avais lu des témoignages de meufs authentiquement terrorisées en racontant du rien, rien d’autre que leur peur et aucune raison objective pour elles d’avoir peur, aucune menace réelle n’étant décrite, mais des anticipations dues à ce qu’elles avaient pu lire sur ces questions et un endossement de situations difficiles chez des gens non concernées par ces questions en premier lieu, dans une espèce d’autosurveillance et d’autocontrainte coupable. Comme si la liberté qu’on pouvait prendre pour soi était une insulte adressée à celleux qui ne pourraient sans doute pas prendre ces libertés sans en subir de graves conséquences. Ça ne devenait plus que la description, de plus en plus poussée, exhibitionniste de stigmates et en appelant clairement au voyeurisme, d’une façon très logique, et entrainant chez les meufs à lire et s’abreuver d’un tel militantisme, une vision d’horreur, un Armageddon permanent, une absence totale de lumière, une fatalité paralysante et totalisante et l’annihilation de toute tentative de lutte, en se pressant de détailler tout ce qui empêche celle ci, et renvoyant la lutte à un privilège. Ainsi si je sortais sans crainte dans la rue en tant que femme, c’est que j’usais d’un privilège, celui en somme de ne pas avoir peur, ce qu’on attendait d’une femme. Une vision essentialisante en somme,  provenant d’un mouvement prétendant œuvrer pour l’émancipation des femmes.

Je repensais à ça et je me disais que le militantisme sur les « violences policières » (et au lieu de parler de la violence de l’institution elle-même, bras armé de l’état, laissant entendre qu’il existe une police sympa comme si il existait une répression à la coule) est finalement assez proche, les gens qui comme moi continuent de sortir et sans pour autant nier ce qu’est la répression et la connaissant même bien, ne cherchent pas pour autant à s’abreuver en boucle de cette peur, et comme je constate aussi en moi comme je gagne en liberté de mouvement en ayant coupé, justement, ce que je pouvais lire de militant. Par militant ici j’entends le discours en boucle sur la fatalité et la description des horreurs, sans analyse, sans conclusion autre que « c’est l’horreur ».  C’est le principe du militantisme comme celui du politique  : abreuver en horreur du présent pour mieux te vendre un paradis futur, et si tu rejoins la troupe et t’en remets à une autorité bienveillante.

Ne pas parler en boucle de l’horreur que peut être ce monde ne signifie pas en ignorer la dégueulasserie, ou se satisfaire de ce monde dans une vision naïve. Ce que j’ai entendu dans cette question, c’est la naïveté qu’on me prête à me parler comme si j’ignorais que la police est raciste ou comme si je n’avais justement pas pensé à toutes les craintes qu’on peut avoir aujourd’hui encore plus qu’avant en triant ainsi ses relations. Aujourd’hui plus que jamais, je pense que le « militantisme » est non seulement stérile, mais est nocif, parce que bloquant toute initiative dans une vision apocalyptique sidérante. Oui tout est sidérant, et tout l’a toujours été de mon point de vue il n’y a rien de nouveau sous le COVID,  mais regarder en boucle les infos et le militantisme qui lui emboite strictement le pas dans la diffusion d’une autre peur n’aide réellement pas, voir enfonce toujours plus.

Les gens à sortir encore dans mon entourage encore ne sont pas militants et n’ignorent rien de comment ce monde fonctionne, simplement ils n’ont pas de vision déformée et accentuée par le ressassement malsain.

la vie

ça me tape bien vite sur les nerfs quand je constate le folklore.

Ni anar, ni queer, pas plus que je ne me suis jamais considérée socedem ou femme, vient toujours ce moment où je sens, subtilement, l’agacement me gagner. Quand je commence à sentir sous mes doigts les limites, les murs et qu’on s’interroge, en face, de ma légitimité à me dire ceci ou cela. Je me dis ceci comme cela, je pose la définition pour l’exploser aussitôt en somme, échapper au définitif parce qu’à peine on trouve la case qu’on a envie de la détruire.

Je me dis anar par moments, mais je ne le suis pas. Je n’ai pas les gaufres, je n’ai pas la vie et je n’ai pas la sociabilité qui va avec. J’ai trouvé de forts échos chez des anars, et si peu j’en ai croisés de véritables, mais le dogme finit toujours par pointer son sale nez. Être dogmatique dans sa vision de l’anarchie a de quoi titiller, et quand ce dogme prend la forme de folklore, c’est le mépris qui tout à coup se pointe, dégueulassant tout. Je suis usée de voir, toujours à un moment donné, que chacunE renferme aussi sa petite part autoritaire, finalement.

Les moments où je me dis anars sont rares, bien peu de décisions dans ma vie ont été pensées comme ça et c’est plutôt après coup que j’ai réalisé en quel sens j’allais, et parce que ça n’est pas en ces termes que je vois les choses. Disons que c’est tout ce que j’ai trouvé pour définir au plus près ce qui pouvait me conduire parfois, mais ça me parait encore trop pauvre et trop bien délimité, et souvent bien à côté. Je n’irai rien casser, rien brûler, rien détruire de plus que ce qui, moi, m’emmerde, et que ce soit extérieur ou intérieur et c’est finalement souvent la tension intérieure contre laquelle je me bats. Le flic dans ma tête, coriace. Si je ne vais pas au feu et dans l’illégalisme ou bien à tout petit petit niveau, c’est que je sais mes fragilités, c’est que je sais sur quoi tout repose pour moi, c’est que, aussi, je ne suis pas sûre de comprendre l’utilité de cette propagande. Je n’irai pas pour autant la fustiger, puisque chacunE a sa façon de dire et faire et que je n’y vois pas de problème, personnellement, tant que ça ne touche pas la vie d’autres personnes, ma limite. Je peux la comprendre en théorie mais je n’ai pas assimilé totalement la réalité de la théorie. Peut être que je suis même trop solitaire et trop têtue pour être anar, trop farouche et trop rétive, une contradiction à laquelle je me suis cognée un paquet de fois en constatant que l’individualisme suppose un réseau. Et Satan sait quelle répugnance je peux ressentir à me retrouver enfermée, au contact uniquement de gens qui me ressemblent, d’une façon ou d’une autre. J’aime plus que tout le mélange des âges, des vies, des considérations, des envies et de ce qui vit dans les gens, au delà, justement, des définitions.

Quand je lis la violence chez des gens avec qui je partage une vision anar, quelque chose cloche. Quand les suicides de flics se succédaient je voyais des appels à suivre l’exemple et ça me dévastait. Mon idée de l’attaque de la police est l’attaque de l’institution, et je ne peux pas concevoir plus le suicide que l’assassinat : si je suis anar, c’est par amour de la vie, ce qu’elle est en elle-même et une fois détruits les murs qui l’enserrent. Dans cette conception, la mort provoquée n’a aucune place, si ce n’est l’autodéfense ou des situations qui l’exigent, forcément extrêmes. L’attaque pour moi est une chose moins évidente, moins frontale, plus intérieure, je ne sais pas trop l’expliquer que dans le glissement entre comprendre théoriquement une chose et l’avoir assimilée totalement au point qu’un fonctionnement qu’on pouvait avoir avant soit désormais parfaitement absurde.

Et c’est là à mon sens que c’est réussi puisqu’on passe d’un refus dit à une action tout à fait concrète quand on a totalement assimilé une idée théorique, et il n’existe pas d’idée sans incarnation. Voir des gens agir en accord avec leurs convictions est, et de loin, la meilleure propagande. Au contact de personnes de ce genre, et ceci qu’elles se disent anars ou pas peu importe (et en ça, on trouve souvent en discutant assez longtemps avec n’importe qui, de trouver des petits bouts d’anarchie), la magie de la propagation opère. Ces deux dernières années j’ai vu ceci, de près, et l’écho en moi a été aussi palpable finalement. L’idée théorique s’est incarnée. Pour finalement me rendre compte, aussi, des choix que j’avais pu faire qui n’avaient pas été dictés par autre chose que ma propre conception, un va-et-vient fascinant entre comprendre comme on fonctionne soi et comprendre que ça peut se traduire d’un millier de façons.

Je suis anar, et je ne suis pas anar : c’est en ça sans doute aussi que c’est ma meilleure définition, puisque je ne connais pas deux anars identiques et que les gens chez qui j’ai trouvé mon écho ne se le disaient pas forcément tout en agissant de façon très proche de la mienne. Je ne suis pas anar, parce que je suis anar, quoi.

 

la logique

y’a bien un truc qui me rendra dingue pendant ce bordel, c’est l’absence de logique, qui se confond avec un manque d’honnêteté manifeste. Selon que l’on craint le virus ou les flics, tout est bordélique. Perso, je pige les deux, mais je comprends pas qu’on parle de l’un quand c’est finalement l’autre qu’on craint.

je la comprends, pas de souci, y’a les gens à s’inquiéter prioritairement du virus, celleux pour qui c’est la politique, celleux les conséquences psy, celleux pour qui la communication qui passe désormais par le virtuel beaucoup inquiète, etc, perso c’est un mélange équitable de tout ça, un quart-quart merdeux dont je me passerais volontiers. Mais ce qui me rend le plus dingue actuellement, c’est l’absence de logique que j’entends, quand cet été on m’a donné l’accolade et qu’on est partiEs en vacances, et que maintenant on me dit que je peux bien prendre sur moi pour ne plus voir personne parce que le virus.

Le virus n’a pas disparu entre les deux confinements, les restrictions se sont allégées, ça n’est pas la même chose, et cette « deuxième vague » n’en est pas une mais la logique prévisible de l’égayement partout de celui-ci (et dès juillet je tablais sur un reconfinement en octobre, jusqu’à désespérer de l’usage de cette formule de « siffler la fin de la récré » que j’avais utilisée en rigolant et que j’ai entendue texto à la radio). Les gens font ce qu’ils veulent, comme j’ai fait mes propres choix, mais ce que je supporte très mal c’est qu’on me sorte l’argument du virus maintenant quand cet été il semblait avoir disparu,  et finalement comprendre, au gré de mes propositions de me déplacer, moi, qu’il ne s’agit pas tant de la peur de propager ce virus que la crainte des flics. Je ne supporte plus d’entendre la culpabilité des gens qui sont partis, qui ont vécu cet été, comme si être restée à domicile comme tous les ans était un reproche leur étant adressé et entendre la justification comme si je l’avais demandée, tout comme je ne supporte plus qu’on entende ce que je raconte comme autant d’injonctions à agir comme je le fais. Je fais et je raconte, point, et mon but, si j’ai du mal à définir ce qu’il est, n’est pas un programme politique ou sanitaire. J’ai mon point de vue, entre virus et politique, et j’agis selon mes propres principes, à savoir : ne pas diffuser ce virus sans qu’il ne devienne non plus une obsession occultant tout le reste.

Je ne supporte pas qu’on me dise des « bon courage » quand on habite près de chez moi comme si le lien était rompu, et je supporte encore moins de ne pas arriver à déceler si il s’agit de la crainte du virus ou des flics,, puisque ma proposition de se voir en plein air aboutit par un refus et une proposition dans la foulée de passer chez les gens, dans une contradiction manifeste. Ce que j’entends là c’est qu’on ne prendra pas de risque, tout en prétendant souffrir de la désocialisation. Je m’en fous des choix que l’on fait, mais j’aimerais au moins l’honnêteté : que ce virus ou la crainte des flics est finalement un bon prétexte à se recroqueviller.

Je soupire abondamment et comme je disais, je vis mieux ce deuxième confinement parce que j’ai abandonné l’idée aussi de m’efforcer, encore, de trouver des solutions quand en face on ne sait finalement pas tellement ce que l’on craint, jonglant tour à tour avec la santé ou la répression et refusant tout interstice. Je m’en fous, après tout la sociabilité marginale a toujours été plus ou moins celle-ci, et devant s’adapter à mes liens avec des gens qui n’ont pas la même vie, jonglant avec les horaires et les jours autorisés. Mais je ne supporte plus qu’on trouve tous les prétextes à renvoyer une espèce d’irresponsabilité de ma part en me prêtant une négation de ce qu’est ce virus ou une focalisation politique. Ça n’est ni l’un ni l’autre, j’agis comme j’ai toujours agi, avec cette donnée en plus. à vrai dire j’ai abandonné aussi pour ce temps là tout ce qui est politique et j’attends que les gens redescendent de leurs grands chevaux. Tout le monde reviendra à sa vie « normale » et s’empressera de se désintéresser à ce qui provoque aussi tout ça. Alors on reprendra aussi mes convictions pour des lubies bizarres, et au final ça sera mieux ainsi.

Du coup, j’attends la fin de ce merdier avec une certaine impatience, redevenir l’OVNI que je suis, amusant et décalé et presque exotique, mais qui n’est pas vu comme un danger ou une incarnation de ses propres contradictions. Ne demandez pas de comptes aux gens, ne demandez pas à ce qu’ils adhèrent à votre vision des choses puisque plus que jamais tout ça apparait finalement de sa petite lorgnette, selon sa sociabilité, son taf et ses habitudes de vie. à la revoyure.

la soupe à l’herbe

J’avais oublié comme j’écrivais avant, ailleurs. Je retrouve l’anonymat de cet espace, pour me libérer d’un paquet de choses devenues trop encombrantes. J’ai collé ici quelques textes écrits depuis le début de ce qu’on décrit comme une « crise » dans un monde qui ne fait que continuer sur sa lancée, en exacerbant tout par le prisme du virus. Je continue le tri.

Je reprends ici pour poser ce qui peut me traverser moi individuellement et ce qui me préoccupe, articuler ma pensée qui a tendance à sauter directement à la conclusion sans passer par le cheminement. Sans rendre de comptes, sans justification.

Je n’entre pas vraiment dans une catégorie, et je cherche au contraire à détruire celles que je peux intégrer par nécessité contextuelle, et j’écris de là et en ce sens.

Je n’ai pas d’autre prétention ici que d’essayer de donner ma vision des choses, et peut-être donner l’occasion de remettre en question ce qui nous est imposé comme autant d’évidences, un ordre des choses que je m’escrime à vouloir détruire, que ce qui parait aujourd’hui comme évident devienne l’absurdité que je perçois.

une sorte de journal

Je suis au parc , il me manquait, ses arbres ont pris de belles couleurs et le vent les fait bruisser. des joggers, des familles, du monde. des mômes qui crient. j’ai coupé le MP3 pour profiter un peu de la vie sonore, et je regarde au loin, sur la droite des immenses immeubles un arc-en-ciel fantomatique et pas bien sûr de lui, un peu comme moi en situation de sociabilité. Tout pété de ses codes, j’imagine bien qu’au pied de celui là y’aura non pas un chaudron d’or mais un beau feu pour cramer tout ce merdier, on est pas chez les winners dans ma tête touTEs autant qu’on est, on est énervéEs de devoir trier qui pourra bénéficier de la banque alimentaire comme on a pu discuter hier. Vu que faut désormais compter avec l’institutionnalisation qui s’impose de gré ou de force et qu’on se retrouve à devoir jouer aux flics pour refuser de la bouffe. Je voulais que prêter mes bras et tenter d’échapper à ma foule de tête qui devient trop envahissante, hors de question de prendre la suite de l’état qui provoque toute cette misère, ma cohérence à taffer pour ce genre de truc en prend suffisamment comme ça. Mes bras serviront à manger à qui vient demander, point barre, je vais pas regarder qui fait quoi, c’est bien assez dur comme ça de venir demander sa pitance pour en plus pas se la voir refuser. Je n’ai pas l’esprit communautaire, je m’en tape et au contraire je vise tout autre chose, dans le mouvement inverse. Entendre dire qu’il faut jouer la carte du pion qui ne fait qu’obéir aux ordres pour refuser de la bouffe du haut me file une nausée diffuse. Mais il faut être réaliste, mais il faut être pragmatique, mais il faut savoir que les mecs osent tout. mais il faut savoir… mais quoi, moi tout ce que je sais c’est que y’a des gonzes qui crèvent la dalle, c’est tout, y’a de la bouffe et on la sert. Faut savoir, je dis moi, que la misère n’épargne pas plus qu’elle ne frappe en fonction du genre, que passé un certain stade il est grand temps de laisser tomber ce genre de discours, à détailler qui a eu le privilège d’un paquet de nouilles, et surtout ne pas perdre de vue non plus d’où on cause et d’où on se permettrait de décréter qui peut bouffer de qui ne le peut pas en prétextant, en plus, de directives ? Je pense effarée qu’on envisagera tout plutôt que penser au delà et sortir de cette forme de passivité aussi, plutôt que rêvasser au retour du « monde d’avant ». C’est l’ignoble fonctionnement de ce monde qu’on finit par adopter en se trouvant un tas de bonnes excuses pragmatiques, l’humanitaire n’est jamais que la continuité logique, si je prête mes bras pour des raisons tout à fait égoïstes et assumées comme telles, en revanche me demander d’adhérer idéologiquement à ce fonctionnement pour opérer un tri chez les gens à qui on va filer de la bouffe ou non n’est pas envisageable.

J’ai pas envie de danser sur la pop qui passe, elle me fout un cafard monstrueux à vrai dire, elle rappelle le monde d’avant, comme on dit, ce monde là qui n’avait rien de merveilleux sauf qu’on pouvait tenir ou regarder ailleurs tant qu’on pouvait encore danser. Je regrette pas les soirées, je regrette pas les bars bondés, je regrette pas les cuites aux jours autorisés, en somme tout ce que je fuyais déjà, et les déclinaisons d’invitation à papoter tranquillement à très peu, mon maximum, parce qu’on trouve ça chiant ces discussions à très peu ça fait mémé. Tout ça me donne une telle envie de chialer en temps normal, comment je pourrais le regretter. Il faut que je boive pour supporter la plupart des conversations dès qu’on est plus de 4 et que l’ambiance est trop bruyante et je me déteste d’être comme ça, mais ce monde me débecte, vraiment, et je peux pas entendre le flot de conneries sans y penser. Tout l’été je l’ai passé à essayer de voir des gens déjà tous égayés dans ce monde d’avant qu’on s’est empressés de rejoindre, et je restais comme tous les étés exactement à me dire qu’à quoi bon, et siroter ma canette tranquille au parc.

Et tiens reprends une bière, ça va ? oui avec deux bières ça va mieux, et c’est bien le problème, avoir besoin de l’ivresse pour supporter ce que beaucoup trouvent réjouissant et commencer à diluer le malaise dans les bulles.

Et toi t’en es où ? j’en suis nulle part, comme d’habitude, je bafouille paumée ma situation, ni pire ni meilleure que bien des gens. Je dis ça en pensant qu’on s’en fout, de ce que je fais, où j’en suis et ce genre de choses. En vrai je m’en tape aussi, vu la gueule de la situation j’ai décidé que tant que je suis au chaud, ça va, avec mon petit monde à moi dans ma tête on s’emmerde jamais, et la sociabilité réduite au minimum, ma vie ça a toujours été un peu ça de toutes manières et c’est je me sens le moins décalée. Retour aux sources, ça fait drôle sans doute aux gens qui ont pu me croiser depuis mon arrivée ici de me découvrir comme ça, dans ma peau d’antan. Celle qui sait pas y faire, celle qui peste contre l’acceptation de tout ça et la participation active même à tout ça la rend malade, que l’incohérence heurte, pour qui l’absence de logique est insupportable, et à qui on sait pas trop quoi répondre. C’est que je suis pas spécialement fun, ou si je le suis mais faut trouver la clé et peu l’ont, heh c’est que je suis très snob et j’ai l’humour timide. Je suis redevenue la personne cheloue qui sait pas faire la conversation. Je m’éclaire quand je tombe sur un compagnon de rue inopiné, parce qu’on attend rien de normal de ma part dans ce cas et tout est plus fluide et facile. Je redeviens bavarde quand par miracle un sujet que je pense maitriser arrive sur le tapis. Ça n’arrive pas bien souvent. Et, bizarrement, ce confinement est plus facile à vivre que le premier, inadaptée comme je suis redevenue, finalement il y a bien peu de choses qui me manque que des personnes, et si peu.

Fuir les week-end, fuir les endroits trop peuplés et trop peuplé ça arrive bien vite, fuir les univers uniformes, que ce soit en âge en sapes en classe ou en préoccupations, fuir les tablées trop grandes, fuir la fête. Seuls les concerts punks me manquent, parce que j’y suis malgré tout solitaire, au milieu d’autres, et que la musique cogne au ventre. Et dès qu’on cherche à m’approcher je redeviens méfiante, et sans doute que c’est con, mais c’est aussi l’expérience qui cause. Je ne demande de comptes à personne et n’en dois pas plus, et dans ces socialisations il y a toujours d’une façon ou d’une autre l’incompréhension des libertés qu’on peut prendre ou la vexation quand on exprime son refus d’un fonctionnement, confondant le mécanisme et sa personne. On comprend pas non plus que j’apparaisse et disparaisse comme un diable, au gré de mes humeurs. Je fuis quand je sens qu’il y a une attente.  Je suis bien dans cette peau là, au moins je la connais, dans ses recoins de maladresses et d’inconfort social, je connais bien ses défauts et ça les rend plus aimables.

La mélancolie m’empoigne trop facilement, elle alterne avec la colère brute. Jpense à cette pote qui me disait qu’on est de grandes romantiques et que ça a quelque chose d’absurde en ce monde-là, et je pense aussitôt que ça n’a finalement rien d’absurde, d’enrager contre tout ce qui fait justement le noyau de tout ça, ce qu’on subit de séparations, entre nous humains et par nous aussi. Que mêmes les milieux les plus radicaux ou révolutionnaires finissent en vases clos et ça me rend inconsolable. Tous les murs qui existent sont fait pour nous démolir, nous autres les romantiques, peut-être qu’on est juste des gens qui savons ce qui importe sur cette terre, que rien d’autre que les liens dans une vie sans horreurs n’importe réellement, que la couleur qu’ils donnent aux arcs en ciel intimidés. Alors on se dit qu’on est franchement bizarres à avoir l’esprit qui vagabonde comme ça parfois très loin jusqu’à ne plus ressentir le besoin d’autre chose, l’imagination est sans limite. Inadaptée, tu m’étonnes, et ô combien je suis satisfaite de ne jamais me sentir à ma place dans un monde pareil.

le risque

S’il faut dire directement, je dirai : je sais les empêchements, je sais les tensions, je sais la difficulté. Je sais, aussi, comme on peut se montrer fierEs à nier les emprises qu’on peut subir, pour soi ou pour les autres ou les deux à la fois. Je sais que les situations sont des pesées constantes, entre le risque et le gain. Je sais la peur à sauter les pas dans l’inconnu et que le connu, même, pourri, est rassurant. Comme on craint de quitter un appart pas terrible pour un autre, on se dit que oui y’a des trucs qui vont pas mais on s’y est fait, on connait les habitudes sonores des voisins, l’habitude ronronnante du défaut qu’on maitrise. Je sais et je peux pas tellement en vouloir aux gens de faire le choix du défaut qu’on connait bien parce que comme tout le monde, pèse aussi, constamment. L’impression de maitrise de quelque chose.

Alors bon quand je me retrouve à dire les petites échappées que je m’autorise, on l’entend comme des privilèges. Le privilège de ne pas avoir peur, le privilège de se l’autoriser, le privilège de.
Je trouve incroyable qu’on ignore, ou fasse semblant d’ignorer, la peur que c’est à chaque fois, d’ouvrir ma bouche ou de prendre un risque, fou comme on pense qu’il s’agit de choses qui me sont aussi naturelles que respirer, alors même que ne pas pouvoir s’empêcher, souvent, comporte des risques. Simplement on ne les dit pas forcément parce que le gain est bien supérieur à la perte, mais la perte et le coût existent malgré tout, ça ne les rend pas simples à accepter, digérer, surpasser. On oublie, dans toute libération, que la joie a un coût et elle ne vient pas seule. La lutte est une confrontation, un rapport de forces, ça n’est ni simple ni sécurisant.
Alors je n’en veux pas aux gens qui préfèrent le confort d’une situation pourrie, se baignant aussi dans le déni pour supporter, que je dois abandonner aussi pour ne pas empiéter sur ma propre libération. et là,  comme pour le reste, le prix est lourd mais ça en vaut la chandelle : si on ne veut de toi qu’emprisonnéE d’une façon ou d’une autre, ça n’est ni de l’amour, ni de l’amitié, ni de la considération et ta perte sera la perte d’une illusion, ou d’une consolation.

 

Et dans ces façons de voir, souvent, on entend la décision comme le reproche à celles et ceux qui ne veulent pas prendre ce risque. Là encore, parfois, j’ai du laisser tomber, dans la tristesse, des gens à prendre des décisions qui ne les concernent pas comme des attaques contre eux-mêmes. Je suis toujours très étonnée d’entendre la paranoïa, celle qui tient aussi éloignées des personnes de moi, dans la croyance que je vais les juger ou leur demander des comptes pour des choix qui ne concernant qu’eux ou moi, mais n’engageaient pas, pour moi, le lien entre nous.

 

Si un jour tu échappes à quelque chose, si tu t’évades d’une situation intenable, je serai là et je ne demanderai pas de comptes. Je crois que c’est quelque chose à dire, aussi, parce que c’est souvent oublié : cette crainte d’avoir à rendre des comptes est souvent irrationnelle, et on est souvent surprisE de la souplesse des gens et leur gentillesse, pour peu qu’on sache voir aussi les mains tendues et ne pas chercher à y voir des manipulations.

 

Et, souvent, (toujours ?) on se libère quand on sait qu’on ne sera pas seulE à l’extérieur. Et Souvent, toujours, on est bien surprisEs de sa propre force et de constater, aussi, qu’on exerçait un pouvoir là où on ne pensait que le subir.  La redécouverte, quotidienne, que le pouvoir n’est pas qu’une chose extérieure mais existe aussi en soi.

 

Je suis encore là pour les gens qui ne veulent plus me parler, et à qui je ne parle plus parce que les emprises, les oppressions et les tensions de cette vie de merde là sont des murs entre nous. Tout est histoire de temps, de circonstances et de confiance, mais ouai je suis encore là et je ne demanderai aucun compte. Parce que je sais aussi quelles libertés je me suis autorisées quand j’ai eu l’assurance qu’on m’attendait dehors.

 

derniers jours de septembre

Blasée après une discussion dans la tiédeur d’un soir de septembre en regardant les grandes orgues au loin, juchées avec une pote en haut des buttes et le dossier d’un banc public, je me pose et je roule une clope à un mec à la rue qui raconte des choses incompréhensibles en des termes très clairs et dans avec une diction impeccable. C’est déconcertant comme du cut-up, alors j’écoute. Jme dis que ce qu’il raconte a finalement plus de sens que ce que je peux entendre en ce moment des conversations, se couper d’amies, famille et copainEs en continuant à taffer là où le virus sévit, en espérant avoir un impact sur ce dernier. L’impact certain sur le lien social ne semble pas émouvoir ou on rejette à plus tard ses conséquences et l’idée de lutte est quasi inexistante, ou le simple fait de dire non. Ça se recroqueville sur des cercles de plus en plus étroits, et pour rétrécir il faut poser des critères. La sociabilité sous encore plus de conditions.

Des gens que je vois, encore plus qu’avant encore, ne restent que celleux à partager les mêmes conditions d’existence et maintenant il faut ajouter la même conception du virus, moi qui n’aime pas l’enfermement me vla servie dans ce merdier avec ce qu’il arrive à créer de frontières supplémentaires, faisant feu de tout bois. Marre des murs, j’ai envie de ponts, j’écrivais y’a un moment, et l’idée est plus vive que jamais. Je veux pas faire le compte des amitiés perdues, des gens que je n’ai pas vus depuis longtemps, des jours, mois qui me séparent encore des prochaines rencontres. En début de confinement je parlais de l’envie qui m’avait pris de partir dans rien avec un sac à dos, me casser de là pour aller trouver d’autres gens, loin, et arrêter d’attendre on sait même pas quoi. La Mère Société depuis a joué son rôle sur cette volonté un peu fofolle, l’avoir calmé et rendue raisonnable, quand c’est pas l’Etat t’inquiète c’est le monde qui prend le relais. Je sais pas si c’est un bien, honnêtement, je saurais pas le dire : je compose en mesurant ce que je suis prête à risquer et ce que je suis prête à supporter encore. J’ai décidé pour ma part de hausser les épaules et de prendre ce que je trouve, et laisser tomber ce qui prend comme prétexte ceci et cela aux ruptures de tous ordres. C’est un choix, ok, mais qu’on ne me demande pas de le comprendre ou de le trouver censé, qu’on ne me demande pas d’accepter sans broncher qu’on me jette d’une vie pour préserver un boulot ou du militantisme parce qu’on a décidé que le temps qu’on nous retire sera retiré à cette relation-ci, obligeant les gens à hiérarchiser aussi les relations qu’ils peuvent avoir, coupant ce qui leur parait moins grave de perdre. La gestion comptable et hiérarchisée de nos liens, c’est pragmatiquement ce qu’il se passe. Tout ceci n’est qu’un sketch parce qu’on ne veut pas regarder en face ce qu’on accepte, que ce soit au nom d’un foutu réalisme ou au nom d’un prétendu militantisme qui a beaucoup plus à voir avec la toxicité d’une famille et la culpabilité qui va avec. et tout ce mouvement a grandement a voir avec la notion de famille, finalement, quand tout temps à enfermer encore et encore et encore et tout faire pour accroitre l’autosurveillance.

Mon dada, c’est théoriser les problèmes qui sont les miens (je sais pas si t’as vu), je les pose en termes politiques et sociaux. Et, le constatant, et devenant conscientE de ce qu’il se joue réellement j’ai du abandonner, obligatoirement, l’autoritarisme qui va avec tout en me défendant de l’être. C’est une façon de rationaliser, une façon aussi de se dire que nous ne sommes pas seuls à avoir ces problèmes là, une façon de se rassurer, et une façon de ne pas parler de soi et de son malaise dans ce monde. Mais, dans l’obsession théorique il n’y a pas de dimension de lutte ou d’échappatoire, une fois constatés, les faits restent ce qu’ils sont, ça n’est plus qu’en long cri de détresse parce qu’on en souffre.   A vrai dire, avoir appris à les cerner de mieux en mieux n’a fait que rendre leur existence que plus palpable et encombrante, et sur beaucoup de choses je me rends compte que cette meilleure compréhension des mécanismes n’a fait que me désarmer et me plonger dans cette sidération paralysante, quand on est capables de savoir désormais quelles seront les conséquences à force de comprendre une chose on en  oublie qu’on peut enrayer ces mécanismes et on se change en prophètes de malheur, hurlant aux horreurs qui nous attendent prochainement. On se rend même pas compte qu’on devient les pythies de prophéties autoréalisatrices.
Mais parler d’une chose en ayant abandonné cette idée que ça ne serait que politique c’est aussi se donner les moyens de la subtilité, et de la liberté de mouvement. Et du refus catégorique.

Je disais non simplement, quand je savais de façon presque instinctive qu’une chose n’était pas normale, à force de me recogner encore et encore aux mêmes choses j’ai cherché à comprendre pourquoi et comment et je ne sais plus dire non simplement, je réapprends lentement. Radicaliser sa pensée et les actes qui vont avec c’est souvent aussi rétablir ce qui a été dévié à force de bavasserie, le militantisme est un babillement qui louvoie avec l’évidence. Il n’est pas obligatoire d’avoir lu tout Marx pour savoir ce qu’est une classe social, heh.

Il ne s’agit pas de masque, de test, de conditions de travail : il s’agit de l’obligation de travail qu’on veut pas aborder de front Il ne s’agit pas du droit ou pas de picoler jusqu’à 2h il s’agit de défoulement dans un monde qui demande de plus en plus de jongler avec les dissonances. Il ne s’agit pas de savoir qui tu vas refuser de voir parce que tu crains de répandre un virus, mais d’avoir tout le temps et l’espace pour ne pas avoir à se couper certaines relations dans ce choix horrible qu’on nous oblige à faire. Il ne s’agit pas, comme de bons chrétiens, de se punir en espérant qu’on obtiendra ainsi la grâce ou une récompense. Il s’agit aussi de s’apercevoir qu’on finit par amalgamer totalement discours sur la vie et inconscience, comme si la vie était la mort, et non pas simplement deux choses irrémédiablement liées. Bon certes, le Hamlet en moi pourrait disserter sans fin, mais ce raccourci se retrouve dans tous les discours, que ce soit d’un côté ou de l’autre, et c’est effrayant. De tous côtés, on a oublié ce qu’est la vie. Elle n’est pas plus le sacrifice de son existence au nom d’une cause supérieure (qui serait laquelle, puisque sa négation intervient dans la notion même de sacrifice ? voilà un bon sujet paradoxalo-philosophique, vous avez 4h) que faire n’importe quoi en se foutant des gens autour.

 

Comme, à de petits niveaux, il ne s’agit souvent pas de graves problèmes interpersonnels mais d’expression de frustrations empilées qui ressortent de façon désordonnée, mélangeant personnel et politique, comme il s’agit, encore plus qu’avant, de comparaisons qui n’ont pas lieu d’être. Comme il s’agit de s’étaler dans la complainte en ne voyant plus du tout auprès de qui tu te plains, pour quelle raison, dans quel but et sans voir sur quoi tu peux avoir un effet concret et dévier la fatalité, comme il ne s’agit pas de privilège mais savoir distinguer l’oppression de la liberté qu’on prend par rapport à celle-ci, comme il ne s’agit pas de mélanger le pouvoir qui veut s’exercer et sa propre volonté à se laisser bouffer et son gain possible aussi à agir de la sorte. Comme il s’agit souvent d’une confusion entre rage de ne pas arrive à bouger les gens et la peur de prendre des décisions pour soi quand tout devient intenable, parce que la question centrale c’est ce qu’on est soi, toutE seulE, une fois qu’on a retiré le travail la sociabilité et cette envie ou de suivre ou d’être suivi.

 

Je me suis dit tout ça hier en rentrant après avoir donné sa clope à ce mec incompréhensible. Je me suis arrêtée prendre un falafel et j’ai discuté, je ne tiens absolument pas rigueur de la maladresse quand mon pote a mis sur la table la question du genre en me disant qu’il trouvait que c’était n’importe quoi les femmes qui s’habillent en homme. Je me suis pas vexée et je l’ai juste regardé avec la candeur d’avant le militantisme : ah bon c’est comme ça que tu me vois, un danger pour tes enfants ? On discute régulièrement, et je pose mes évidences à chaque fois dans la discussion plutôt que partir en discours de 3 plombes (et plombant, du coup) : on s’en fout des femmes qui s’habillent en homme si ça empiète en rien sur ta vie nan ?
Comme, avant, la question n’était pas de savoir si il faut  couper les loisirs ou pas, en temps de reprise des contaminations, c’est pourquoi on devait obligatoirement taffer pour avoir un toit et de la bouffe, mon vieux, il va se passer quoi si on a plus rien  dans la vie que le turbin ? Et quand tu reviens à cette bête évidence ça n’est vraiment pas rare aussi d’entendre en face « oui bon si je pouvais je resterais avec mes enfants » suivi d’un rire, parce que faut pas croire, même des cons de droite, patrons de rades qui doivent peut être aujourd’hui gueuler contre la fermeture à 22h, j’ai réussi à leur faire dire ça au terme de discussions sans intérêt et tirées par les cheveux sur le prétendu sens du travail. Parle moi de sens quand c’est servir des cocktails à des gens sapés comme des papes pour se pochtronner les jours autorisés. Et quand on me répond que c’est utile parce que ça donne du travail à d’autres, je pars dans un rire d’ogre, parce qu’il n’y a pas d’autre réponse face à l’absurdité. J’aime bien amener les gens à verbaliser clairement ça, ça sonne comme des victoires, si ténues soient-elle. Jme dis que des idées ont poussé comme ça dans ma propre tête et on fini par s’incarner, suite à d’innombrables discussions.

et tsé, tout ça n’est pas si absurde quand on pense aux problèmes du monde dans leur ignoble variété et leur monstrueuse globalité. Les petits coins de nappes comme ce genre de question que je peux me poser peuvent être tirés et renverser de grandes tables. Je ne crois pas qu’il y ait de lutte sans sociabilité même minimale, même indirecte. Je crois qu’on lutte quand on a une haute conscience de l’autre, et que celle ci n’existe que quand on sait aussi délimiter ses propres désirs, envies, et tensions. j’ai une très grande méfiance pour la lutte qui veut qu’on se nie soi même, se sacrifiant pour d’autres, inverser la hiérarchie n’est pas la destruction de celle-ci. N’être que soi au milieu des autres n’est pas la négation de soi pour les autres.

L’ennui, c’est qu’on se perd en conjecture quand la question est aussi bête que celle de savoir ce qu’on compte faire de son bref passage sur cette planète. Personnellement je ne veux pas me rendre compte, vieille, ridée et sentant cette bonne vieille mort me souffler sur la nuque (et elle pue de la gueule j’en suis sûre), que je n’ai que des regrets et compter les gens perdus de vue, dénombrer les embrouilles sur des conneries, m’apercevoir que je suis passée à côté de l’existence quand j’ai bifurqué de l’évidence. C’est que j’en ai, des réflexions profondes, quand je me balade dans les rues vidées par la fermeture des bars, les derniers jours de septembre encore doux.

le militantisme et l’information.

bon je suis tarte, que voulez vous. Ça fait un million de fois que je constate que la pédagogie sert à que dalle, et je m’obstine, alors même que je ne sais même pas à qui je m’adresse. Bon pour la plus grosse partie, ces textes sont des balises me concernant. Chaque texte dit : j’en suis là, posons ça ici et réfléchissons à la suite. Et pour celles et ceux à lire ben je sais pas, faites en ce que vous voulez en fait, juste j’écris comme je pense et comme je pisse. Voyez ça comme un fleuve un peu merdeux, genre la Garonne.

L’autre soir on discutait justement de l’intérêt d’être informéE et de lire sur les misères du monde, et je demandais en boucle : oui ok mais pour FAIRE quoi ? la réponse, qui tournait à l’infini,  était celle que des gens vont prendre conscience des misères du monde. Et à chaque fois de redemander : oui ok, mais pour FAIRE quoi ? et rebelote en boucle. le fait est qu’on ne sait pas ce qu’est censée produire l’information ou la conscience. Et de ce que je constate depuis des lustres c’est que la conscience sans lutte ça ne fait que du désespoir, de ce côté, et finit par être parfaitement sclérosant.
C’est l’ennui de penser que les gens sont idiots et qu’il faille les informer, il y a une croyance derrière ça profondément dérangeante : si les gens réfléchissent ils ne peuvent être QUE d’accord avec moi. Il n’y a pas la possibilité, là dedans, de faire face à des gens informés, qui savent parfaitement, qui ont conscience mais juste n’ont pas la même vision politique ou s’en contrefoutent. La vision autoritaire en somme, dans ce refus catégorique de considérer la position en face comme l’expression d’une vision politique différente de la sienne. Alors on martèle, et on veut qu’on se réveille, et on s’étonne que ça fonctionne pas que le Grand Soir n’est toujours pas là. Ben oui andouille. Y’a en somme l’oubli du politique dans cette focalisation sur l’information, pour faire un gros raccourci, et comme un grand malaise à asséner qu’on a forcément raison en refusant d’écouter ne serait-ce qu’une seconde ce qu’on pense en face.

Ce qui pousse à écrire, répéter, marteler, ce qui pousse à informer, comme si l’information était l’alpha et l’omega de tout, c’est ce fond là : une fois au courant, tu te positionnes et tu ne peux pas te positionner autrement que comme on le pense nous. Par contre agir c’est une autre paire de manche. Je vois ça comme une impasse, et d’ailleurs depuis que je m’intéresse à la politique cette obsession de l’information ou de « réveiller » les gens a fait qu’on se laisse dériver, parce qu’on ne voulait pas considérer que des gens puissent tout simplement être de droite, ou d’extrême droite, pour des gens de gauche (et vice versa) ou ne voulaient pas s’intéresser à tout ça, tout simplement. C’est leur droit le plus strict en fait, mon bon curé, on ne peut pas convertir tous les agneaux sais-tu ? et partir de l’idée que réfléchir = de son bord en dit tellement long sur comment on considère les gens non informés ou qu’on pense comme tels. Des abrutis à convaincre où à qui montrer Le Chemin.
Et d’ailleurs plutôt qu’on pense comme tels, parce que la plupart du temps ça reste une illusion complète basée sur des fantasme de prol coincé devant BFM à avaler sans réfléchir. A aucun moment on ne se dit que la discussion sur un autre mode que cette volonté de « faire prendre conscience » ou présenter avant même toute discussion sa voie comme la seule possible est un truc à faire fuir n’importe qui a déjà fait le tour de ses misères, qui a peut être déjà réfléchi, qui en  a quand même vachement marre de se faire prendre pour un abruti par ces connards. Selon son bord le fonctionnement est le même en militantisme : ne jamais considérer la personne à qui on s’adresse autrement que comme unE ignare ou unE abrutiE, en tous cas ne pouvant pas décider toutE seulE comme unE grandE.

c’est la même idée aussi derrière toute la condescendance des intellos de gauche et figures autoritaires à caresser l’antisémitisme des foules sans chercher à le contrer pendant les Gilets Jaunes : mais non mais non ces gens sont idiots, les braves moutons, il ne faut pas les brusquer et puis ça tombe bien c’est nos idées aussi, bon on les dit mieux, parce que nous on a le vocabulaire et ces rustres le disent de façon un peu trop frontale mais voilà, oui, c’est bien le peuple qui s’exprime là. Les gens à se montrer antifascistes à ce moment là n’étaient pas du sérail, on les renvoyait à la bourgeoisie. Comme on le fait, systématiquement, dès que les idées viennent chatouiller d’un peu trop près les personnalités en vue et risquent de démasquer bien des impostures.Et bien entendu il n’existait pas, non plus, de position autre qu’antisémite dans les GJ. Bien entendu cette façon de faire uniforme est uniformisante, c’est dans cette logique de ne vouloir voir un mouvement que dans la conception du mouvement que l’on porte soi, et ici les GJ ne pouvaient pas être vus autrement que dans la conception globalisante habituelle.

Si des constats sont posés, analysés jusqu’à leurs tréfonds, on en tire jamais de conclusion autre que  il faut continuer à causer en boucle, la paralysie, ne jamais incarner ces conclusions, on le voit régulièrement dans cette focalisation à l’extrême sur le journalisme qui documente les « violences policières », parce qu’interroger la base exigerait de réfléchir au delà du constat. Jusqu’à l’absurdité de faire de son militantisme ou de ses idées un fond de commerce, c’est la logique même de cette fixette sur l’éveil des consciences prétendument nécessaire. c’est parfaitement logique : si l’information et les mots suffisent à changer le monde, eh bien nous allons tout mettre dans les mots et refuser l’incarnation de ceux-ci y compris pour nous-mêmes, et ne pas remettre en question notre propre place d’intellectuel, de cultureux, de socio ou bien  de politique (parce que, pardi,on ne cherche pas à détruire le monde qui nous place sur une estrade). C’est un truc en cercle vicieux et indépassable, si on introduit jamais cette chose primordiale qui est d’agir en accord avec ce qu’on dit. Et il n’y a pas besoin de développer pour comprendre les implications de ce simple constat. On  ne peut pas passer son temps à dénoncer une marchandisation des idées ou de la lutte si on passe son temps à défendre la vente de son papier comme essentiel, puisque le sujet c’est dépasser le rapport marchand pour défendre les idées. C’est tout le nœud autour des questions de la défense à tout crin des librairies et des éditeurs au détriment de la lecture ou de ce qu’on est censés trouver dans les livres, c’est la défense du commerce en lieu et place de ce qu’on défend ou de ce qu’on prétend défendre. C’est le doigt plutôt que la lune, c’est défendre un livre pour sa symbolique de papier plutôt que les idées qu’il contient en inversant l’importance. Si des livres ont été détruit dans l’histoire, ça n’a jamais été parce qu’ils sont des livres, mais pour ce qu’ils contiennent de subversif pour qui cherche à les détruire. Et d’autres livres contiennent aussi nos condamnations au nom d’un dogme ou d’une vision. C’est comme ça qu’on en arrive à pousser des cris d’orfraie pour des bouquins insignifiants ou nocifs en mettant tout à équivalence, en oubliant les idées.